Quand l’art, la musique, la gastronomie et la poésie s’allient à la mer

Sabine Teryngel nous envoie un compte-rendu intéressant du forum « Quand l’art, la musique, la gastronomie et la poésie s’allient à la mer » qui s’est tenu pendant Terra Madre Salone del Gusto 2018 dans l’area Slow Fish.

Ce forum a rassemblé des artistes, des cuisiniers, des réalisateurs, des militants et des enseignants venus présenter de nouvelles manières d’aborder le thème de la pêche. Après une brève introduction par la modératrice Mathilde Jounot, réalisatrice et auteur française, les intervenants ont présenté leurs histoires respectives. Pierre Mollo, biologiste et enseignant venu de France, a projeté en vidéo des images et des sons issus de la symphonie qu’il a créée cette année, « La voix des océans ». Il a ensuite évoqué l’utilité de la musique pour sensibiliser le grand public à des sujets parfois complexes liés aux poissons, aux océans (et notamment au plancton). En combinant musique et images, Pierre a su démontrer qu’au-delà de l’exposition de la beauté de la mer, il est possible d’éveiller des émotions, mais aussi de sensibiliser le public aux menaces qui pèsent sur les écosystèmes marins.

Le Sénégalais Muhsana Ali a ensuite abordé le thème des poissons dans le contexte africain. Ce continent est, selon lui, souvent associé à une image négative en matière de pratiques de pêche, notamment avec la présence de l’industrie européenne de la pêche dans les eaux africaines (« De l’argent qui sent le poisson »). Il relie la pêche à l’art par son projet, en peignant des histoires de poissons et de pêcheurs sur des bateaux en bois laissés à l’abandon. C’est ainsi qu’il tente de voir la situation sous un autre angle. Pour Muhsana, ce projet permet de montrer au public qu’il faut aller plus loin.

Autre sujet très important dans les discussions sur les océans, au présent et à l’avenir : le plastique.

James P. Graham, artiste et militant britannique actuellement installé en Italie, travaille sur ce sujet. Membre du mouvement A Plastic Planet, son projet actuel repose sur la création de la première ville sans plastique en Italie. Il compte notamment sur le recours à d’autres matériaux comme l’aluminium. James explique que l’abandon complet du plastique est le seul moyen d’opérer un changement réel et de mettre un terme à la pollution maritime.

Baudouin Mupwala Pa Nzenga (Slow Food Tanganyika), tout droit venu de la République démocratique du Congo, a évoqué les différents obstacles auxquels sont confrontées les communautés du lac Tanganyika, notamment à cause de l’agriculture intensive et de la pollution. C’est dans l’optique de trouver des solutions communes qu’a émergé l’idée de créer un Jardin de la Paix, un lieu de rencontre et de dialogue sur les conflits, permettant de mieux comprendre toutes les facettes de chaque problème. Le jardin est un lieu qui favorise le contact entre les communautés, le lancement de nouveaux projets. Par exemple, des membres de plusieurs communautés habituellement en conflit s’y sont retrouvés pour œuvrer à la création de ruches. Face au problème de surexploitation des zones de pêche, un projet entièrement consacré à la pêche a vu le jour. Les initiatives des communautés ont permis de sensibiliser le public et d’encourager le développement durable par différentes méthodes.

L’Italien Roberto di Lernia s’est quant à lui exprimé en tant que représentant du projet « Blue Food : Green Future? ». Pour lui, l’art est un outil essentiel à la communication, capable d’exprimer une certaine diversité à travers des projets. Les connaissances relatives à la qualité, l’origine et le prix du poisson peuvent effectivement être transmises par le biais d’approches artistiques. Pour éduquer les populations, il faut avoir recours aux bonnes méthodes de communication, qui passent par une approche holistique.

Hilda Adams, originaire d’Afrique du Sud, a fondé le collectif local de pêche Weskus Mandjie. Sa vie a toujours tourné autour de la pêche et de la mer. Elle a parlé des nombreuses formes d’expression artistique qui existent au sein de sa communauté, entre poèmes, chansons, dictons et peintures. Des personnes de tout âge sont impliquées. « En tant que communauté de pêcheurs locaux, nous devons tous avoir une chance de faire la différence », explique Hilda. Avec Weskus Mandjie, Hilda et ses collègues veulent remettre au goût du jour de nombreux aspects de leur patrimoine culturel et démontrer la valeur de ce patrimoine au reste de la communauté. Ils ont un petit musée et œuvrent pour responsabiliser les plus pauvres et les plus désespérés, en leur montrant ce qu’ils sont capables de faire et ce dont ils peuvent être fiers. Hidla veut voir sa communauté se battre pour défendre son identité, rassembler des initiatives, des connaissances et des histoires, se recentrer sur la beauté de la mer.

Parmi le public, un visiteur sénégalais a raconté une histoire sur les chants de pêcheurs. Dans sa communauté, les pêcheurs se prêtent à des chants spécifiques quand ils partent en mer, quand la pêche est bonne ou mauvaise, quand des vents différents soufflent, etc. L’histoire de ce visiteur souligne l’importance de la musique et des chants, et leurs liens étroits avec la pêche dans la culture locale.

Les initiatives et les approches artistiques liées à l’océan et à la pêche devraient plus souvent servir de levier pour atteindre le public à n’importe quel âge et de n’importe quel milieu. Les histoires, les poèmes et les chants sont bien là, prêts à être partagés, pour ce public impatient de les découvrir.

 

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