Le Burkina Faso n’est pas un pays de cobayes

Inquiets du développement des organismes génétiquement modifiés, la société civile burkinabè et le Collectif Citoyen pour l’Agroécologie se mobilisent avec une grande marche à Ouagadougou, le 2 juin, contre les OGM.

Du coton Bt (Bacillus thuringiensis, bactérie pour résister à certains insectes) en champ, aux tests menés par l’Institut National de l’Environnement et de la Recherche Agricole (INERA) sur le maïs, le sorgho et le niébé pour accroitre la productivité et la resistance des cultures, en passant par les travaux de transformation génétique des moustiques lancés par l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) pour lutter contre la malaria, le Burkina Faso est depuis une décennie un laboratoire pour la recherche et le développement des biotechnologies. La société civile, rassemblée autour du Collectif Citoyen pour l’Agroécologie, a alors entamé une bataille contre les OGM et les multinationales semencières au nom de la biodiversité et de la souveraineté alimentaire, et s’active pour faire reculer les autorités.

Du coton Bt aux moustiques génétiquement modifiés

Au début des années 2000 le Burkina Faso s’est lancé dans le plus grand secret dans la culture du coton Bt en violation de la convention sur la diversité biologique de 1992 et du protocole de Carthagène sur la biosécurité de 2000. Depuis cette violation de la souveraineté du peuple Burkinabè, Monsanto s’appuie sur le Burkina comme un cheval de Troie pour essaimer les OGM (cultures de rente, cultures vivrières) en Afrique de l’Ouest.

En 2008 le coton Bt a donc été diffusé en plein champ malgré les inquiétudes de scientifiques indépendants et de la société civile burkinabè. Les résultats furent catastrophiques économiquement, tant pour les producteurs que pour les sociétés cotonnières. De nombreux témoignages expliquent également les conséquences néfastes sur la biodiversité. Face à ce désastre prévisible, les sociétés cotonnières sont revenues en 2016 au coton conventionnel.

Mais il ne s’agit pas de crier victoire ; en effet les expérimentations se poursuivent et les OGM gagnent du terrain. Aujourd’hui la menace pèse sur les moustiques : dans le cadre du projet Target Malaria, des œufs de moustiques génétiquement modifiés ont été importés et l’élevage est en cours pour atteindre 10.000 moustiques mâles stériles. Un premier lâcher dans la nature est prévu dans les mois à venir, avec tous les risques et incertitudes que cela implique sur la biodiversité.

Qu’en est-il des cultures vivrières ?

Le sorgho nommé « biofort », le maïs et le niébé sont également en station de recherche, grâce au financement de Monsanto qui soutient la recherche burkinabè, sans réelle information du peuple burkinabè. Cette modalité vise à privatiser les semences paysannes et s’avère une grave menace pour le Burkina Faso et sa souveraineté alimentaire. Ainsi, le processus d’érosion des nombreuses variétés locales risque de s’accélérer, variétés pourtant adaptées aux territoires et résistantes aux changements climatiques. Il est donc important de sensibiliser la population sur ces nombreux risques, de promouvoir les bonnes pratiques agroécologiques auprès des exploitations familiales à même de fournir des produits locaux sains et de qualité, et à encourager leur consommation.

Quelles actions pour lutter contre les OGM ?

Inquiètes du développement des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le monde, plusieurs associations accusent les grands semenciers d’ « écocide », ou crime écologique. En avril 2017, elles ont symboliquement fait condamner le géant américain Monsanto sur ce fondement par un « tribunal citoyen » organisé à La Haye, dont Slow Food et le CCAE ont également pris part. A Terra Madre Burkina Faso en février 2017, le réseau Slow Food a organisé une table ronde sur les semences locales, en invitant Ali Tapsoba, porte-parole du CCAE, à parler du risque des OGM et de la lutte en cours. Vous aussi rejoignez le mouvement, en participant à la grande marche du 2 juin à Ouagadougou contre les OGM.

Des moustiques aux cultures de rente et vivrières, protégeons la biodiversité !

Article écrit en collaboration avec Christian Legay, coordinateur du CCAE

Découvrez la position de Slow Food sur les Ogm et les semences

Découvrez les communautés Slow Food du Burkina Faso

 

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