Le palmier de Kerkennah, un baromètre du changement ?

30 Nov 2015

Kerkennah, c’est un petit archipel tunisien composé de 10 îles plutôt plates, dont deux sont habitées, dans le golfe de Gabès, en face de Sfax. Ce golfe, couramment appelé pépinière de la Méditerranée, est à la jonction des bassins oriental et occidental, et se caractérise par l’amplitude des marées, la plus forte en Méditerranée, le plateau continental étant très large et avec une pente très douce.

Pour beaucoup, Kerkennah représente encore un endroit mythique, proche du Paradis, et pendant les années 70, il était classé numéro un des destinations de rêve en Tunisie. Le climat sec et chaud presque toute l’année, une flore particulière où prédomine le palmier, des longues plages blondes, des îliens avec le cœur sur la main, tous les ingrédients y étaient.

Mais ce paradis subit depuis plusieurs décennies une lente et inexorable érosion, sur plusieurs fronts. Le symbole ultime de cette érosion, c’est le palmier. Aujourd’hui, il se meurt, et avec lui les usages par lesquels les cultures épousaient la nature.

“Le palmier, s’est la vie”, s’accordent à dire les vieux du pays. Et les moins vieux. Et les jeunes même, qui souvent, sont partis de l’île, mais qui reviennent toujours. Depuis des siècles, le palmier donne son bois pour les plafonds traditionnels, et pour le chauffage. Les dates, on les mange fraîches, conservées, confites, on les retrouve dans les couscous, on fait du vinaigre avec leur jus. La sève devient une boisson fermentée et les feuilles deviennent charfia – ces magnifiques pêcheries fixes utilisées depuis des siècles qui alignent 4000 feuilles de palme dans la mer pour leurrer les poissons – mais aussi nasses, chapeaux, paniers etc.

Le palmier a tout donné aux habitants de l’île, à la fois pêcheurs et agriculteurs, grâce à lui. « Et lui, il est pêcheur aussi, il fait la charfia ? » demande-t-on. « A Kerkennah, on est TOUS pêcheurs » nous répond-on à chaque fois. Même s’ils ont d’autres occupations – médecin, professeur, fonctionnaire, retraité – ils sont tous pêcheurs et agriculteurs dans l’âme. Tous s’accrochent à cet héritage inscrit dans le cycle vital du palmier, rythmé par le vent, les marées, le bac, et la prière.

Pourtant aujourd’hui, l’homme a changé ses pratiques, ses modes de production et les a sortis du cycle du palmier. Le plastic le remplace dans la construction des nasses et les charfia; l’irrigation a rendu « caduques » certaines cultures traditionnelles liées à l’entretien des palmiers, les remplaçant notamment par l’olivier, plus rentable; les constructions, souvent de mauvaise qualité, souvent anarchiques, se sont multipliées… Ces perturbations induites par l’homme aggravent la menace qui pèse le plus sur l’île : le changement climatique.

Kerkennah est l’un des endroits les plus vulnérables en Méditerranée : son climat évolue vers l’aridité, le niveau de la mer s’élève, de même que les températures, l’évaporation s’accroît (ainsi que de l’évapotranspiration). On constate aujourd’hui qu’en moins de 30 ans les zones appelées sebkhas, zones basses et salées influencées par la mer qui composent presque la moitié de l’archipel, se sont étendues de 20%. Le trait de côte recule de plus de 10cm par an et dans les endroits les plus vulnérables de l’île, cette érosion a atteint 40m en moins de 50 ans. L’eau marine pénètre dans la nappe souterraine, les sols se salinisent, les terres cultivables se réduisent…

Les palmiers meurent, leurs troncs noirs hérissés tout autour de la côte.

Qu’est ce qui arrêtera cette érosion ?

Lisez et adhérez à l’appel de Slow Food sur le changement climatique.

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