Graine de citoyenneté

12 Fév 2015

grainesdevie1654. C’est le nombre d’acteurs de la société civile, citoyens ou associations, qui ont participé au financement de Graines de Vie, mouvement de ré-appropriation des savoir-faire liés à la reproduction et à la conservation des semences. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, les 10€, 50€ voire plus, versés par chacun ont contribué à lever des fonds supérieurs de 20% à l’objectif fixé au départ pour le fonctionnement de ce projet lancé par l’association Intelligence Verte et la Ferme de Sainte Marthe, toutes deux fondées par Philippe Desbrosses.

Graines de Vie formera 200 ambassadeurs, issus des principaux mouvements et associations de sauvegarde de la biodiversité, à la reproduction et de la conservation des graines. Ils s’engagent à leur tour à transmettre ce savoir à 50 personnes dans l’année, soit très vite 10 000 personnes qualifiées. Un programme pédagogique vidéo en ligne, accessible à tous gratuitement, illustrera toutes les méthodes de reproduction et conservation des semences afin de démocratiser ce savoir-faire au plus grand nombre. Et 150 variétés anciennes en danger de disparition seront multipliées et distribuées aux ambassadeurs Graines de Vie.

Les semences sont à la base de notre alimentation. D’un bien commun de l’humanité que l’on reproduisait et échangeait librement, elles sont devenues sources d’enjeux économiques importants. En 2012, cinq multinationales se partageaient plus de 60% de ce marché estimé à 44 milliards de dollars1. Si les semences OGMs représentent désormais un tiers de ce chiffre d’affaires, les hybrides qui constituent la majorité des cultures conventionnelles ne sont pas moins préoccupantes. Prenons l’exemple des hybrides F1 : sélectionnées et reproduites sur 6 ans pour assurer uniformité et rendement, elles ont la caractéristique de n’être pas reproductibles. Autrement dit, les agriculteurs ne peuvent pas utiliser les semences issues des récoltes pour l’année suivante et doivent à chaque saison acheter de nouvelles graines.

La sélection de ces semences se fait sur des critères productivistes (rendement, résistance au transport …) au détriment du goût, de l’apport nutritionnel et de la diversité de ce que nous mangeons. 75% des espèces comestibles ont disparu en moins d’un siècle2. Quant aux espèces restantes… Il faudrait manger 26 pêches d’aujourd’hui pour retrouver la valeur nutritionnelle d’une pêche de 1950. De même, les variétés de pommes d’autrefois contenaient jusqu’à 100 fois plus de vitamines que certaines variétés modernes3.

Face à ce travail méthodique de privatisation du vivant et d’appauvrissement de notre patrimoine gastronomique, Graines de Vie fait figure de David face à Goliath… Un étrange David qui entend donner des semences et transmettre gratuitement des savoir-faire. Qui réaffirme le droit des peuples à la souveraineté alimentaire et parie sur une force citoyenne qui s’ignore : les 13 millions de jardiniers que compte la France. Semer l’utopie pour récolter un monde meilleur : gageons que le contraste saisissant de valeurs n’est pas étranger au succès du financement participatif de Graines de Vie.

Ce que l’on retient aussi de Graines de Vie, c’est tout l’intérêt que les associations et autres acteurs de la société civile ont à partager idées et moyens. Le projet a su fédérer autour de lui Graines de Troc, Incroyables Comestibles, Jardins de Cocagne, La Ruche qui dit Oui, Make Sense, Sikana Nature, Slow Food et Slow Money. Autant de porte-voix qui ont contribué à l’amplification du message. Autant de terreaux dans lesquels prendra racine le réseau des ambassadeurs Graines de Vie.

« Manger est un acte agricole » écrit le paysan, poète et penseur américain Wendell Berry, réalité dont les 50% d’urbains qui constituent les mangeurs d’aujourd’hui sont de plus en plus déconnectés. La forte implication des conviviums et de tout le réseau français de Slow Food dans le projet Graines de Vie vient nous rappeler qu’en effet, la révolution se mijote dans nos champs et nos potagers avant que dans nos casseroles.

Pascale Brevet

 

1 Source ProSpecieRara : https://www.prospecierara.ch/uploads/media/117/semences%20agricoles%20-%20monopole%20priv%C3%A9%20sur%20un%20bien%20public.pdf

2 Source FAO

3 Source rapport « Still No Free Lunch » de Brian Halweil – World Watch Institute, Etats-Unis. Voir également l’article paru récemment sur TerraEco : https://www.terraeco.net/Pourquoi-une-pomme-des-annees-1950,58246

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