Slow Food
   

Les femmes de Slow Fish 2007


Italy - 11 Apr 07

Les communautés de la pêche, déjà présentes à Terra Madre 2006, participent à Slow Fish (Gênes 4 – 7 mai). Parmi celles-ci, il y a les communautés formées de femmes. Dépositaires de techniques et de savoirs anciens, de méthodes de pêche ou de travail du poisson qui ne peuvent garantir les quantités prises par les grands bateaux de pêche ou produites par l’industrie de la conserve, elles savent toutefois respecter les écosystèmes côtiers et le caractère saisonnier de la pêche. L’importance du rôle des femmes dans le secteur du poisson est souligné aussi par le rapport de la Fao 2006 sur l’Etat de la pêche et de l’aquaculture dans le monde : « Des millions de femmes dans le monde, dans les pays en voie de développement en particulier, travaillent dans la pêche. Leur travail consiste souvent à faire ou à réparer des filets, paniers, récipients pour la conservation et les hameçons. Les femmes participent rarement à la pêche océanique ou en haute mer. Elles travaillent plus communément sur de petites embarcations ou canoës dans les eaux intérieures ou sur la côte, se chargeant de recueillir les bivalves, mollusques, perles, algues ou de poser les filets. Les femmes jouent un rôle important également dans l’aquaculture où elles trouvent du travail dans l’entretien des bassins et la récolte des poissons. Mais le plus grand nombre de femmes employées dans le secteur du poisson participent au processus de travail et de vente du poisson et on enregistre dans de nombreux pays une forte augmentation des entreprises féminines dans ce domaine.» Quelques communautés significatives de la pêche où les femmes sont protagonistes à Slow Fish 2007 : Ghana Pêcheurs et fumeuses de poisson de Chokomey Chokomey est un village de 1000 pêcheurs, entouré par le fleuve Densu, au sud-ouest du Ghana dans la région du Greater Accra à 15 km de la capitale Accra. La population de l’ethnie Ewe est originaire de la région du Volta, l’une des 10 régions du Ghana. Pour arriver jusqu’aux rives de l\'océan, on doit traverser le fleuve en canoë. Il y a 4 canoës en tout et, pendant que les hommes pêchent, les femmes sèchent et fument le poisson qui sera consommé sur place. La communauté fait partie de la Developemnt Action Association, une fédération d’associations composée à 98% de femmes, qui s’emploie à assurer une rémunération juste aux travailleuses et à faire face aux problèmes liés à la sécurité de la nourriture, la diversification des revenus, la dégradation de l’environnement et la contagion du virus Hiv. Aire de production Chokomey, région Greater Accra Sénégal Transformatrices et vendeuses de poisson Plus de 25 000 femmes des zones de la côte forment la communauté qui adhère à l’Union Nationale des opératrices de la Fenagie Pêche. Les produits à base de poisson traités le plus fréquemment sont l’allache, le maigre, une espèce de requin du genre Carcharhinus et une série de mollusques contenus dans des coquilles (arches de Noé, huîtres de mangroves, murex...). La gestion de ceux-ci est confiée aux femmes dès qu’on les récolte, dans les bassins d’aquaculture ou la végétation du littoral à marée basse, à la main ou à l’aide de petites machettes ; les coquillages sont ensuite transportés au village, mis à bouillir, ouverts et les mollusques en sont extraits pour les faire sécher. Les poissons subissent une préparation traditionnelle : salés à sec ou dans la saumure, ils sont grillés et séchés (ketiakh) ou bien fumés (methorah), mis à fermenter en morceaux (guedj) ou entiers (tambadiang). Aire de production Région de Dakar Chili Ramasseuses d’algues de Pichilemu Depuis toujours, les communautés indigènes qui vivent dans les zones côtières trouvent leur subsistance dans la mer. Pichilemu est une ville au bord de l’océan, où les algues ont toujours été un élément fondamental du régime et sont encore le produit auquel les femmes de cette communauté vouent leurs efforts. Parmi les variétés qu’elles ramassent, selon des techniques transmises par leurs parents, la principale est la Durvillaea antartica qui prend ici le nom de cochayuyo. Il s’agit d’une algue à la consistance particulièrement ferme, charnue et élastique utilisée pour cuisiner différents plats, des salades composées aux entrées riches comme la paella végétarienne. Le cochayuyo a des caratéristiques nutritives qui en font un aliment quotidien important : il a un contenu élevé en iode, calcium, fer et magnésium et est riche en protéines et fibres. Aire de production Pichilemu Thaïlande Fédération des petits pêcheurs du Sud de la Thaïlande La communauté est constituée de près de 300 habitants de l\'île de Muk, située au sein du Parc National Marin de Had Chao Mai frappé par le tsunami de 2004. L\'activité du village est constituée par la petite pêche et la transformation du produit de la pêche incombe surtout aux femmes dont le travail est communautaire. Avec le poisson pêché le long de la côte (homards, crevettes, crabes, anchois, langoustines, grande castagnole), on réalise plusieurs aliments : parmi ceux-ci, une pâte au poisson frais (appelée nam prik pa yang) à base de crevettes et de pla keng (poisson castagnole), des crevettes séchées au soleil (ingrédient de nombreuses recettes thaï) et une espèce de crackers de homards. Tous les produits sont vendus tant à l\'intérieur qu’à l’extérieur du village. Aire de production 13 provinces du sud de la Thaïlande Maroc Pêcheurs de moules de la province de Tiznit Mirleft est un village de pêcheurs sur la côte atlantique, au sud d’Agadir, encore préservé du tourisme de masse. Aux alentours, on trouve de vastes plages et de longues portions rocheuses en surplomb sur la mer où les mollusques, les moules en particulier, abondent. Celles-ci sont arrachées à la main des rochers, à l\'aide d’un outil rudimentaire, puis sont détachées de leurs valves et cuites à la vapeur dans des récipients en acier stérilisés. Elles sont emballés à froid et expédiées aux marchés locaux. On produit aussi une moule séchée au soleil, plus traditionnelle, et une partie de la récolte (environ 10 tonnes par an) est vendue au naturel. L\'association Tifaouine travaille avec les pêcheurs - 46 femmes et 9 hommes - pour rationaliser cette production, améliorer le standard de qualité et garantir un développement social équitable. Aire de production Mirleft, province de Tiznit Mauritanie Poutargue de mulet des femmes Imraguen (Sentinelle Slow Food) Les Imraguens sont des pêcheurs nomades qui suivent les mouvements des grands bancs de mulets dorés et d’ombrines le long du Banc d\'Arguin, sur la côte septentrionale de la Mauritanie, en déplaçant leurs petits villages provisoires faits de cabanes. Ils pratiquent encore les techniques de pêche traditionnelles, plus durables bien que moins rentables que les techniques modernes. Seuls les Imraguens ont l’autorisation du parc de pêcher avec les lanches : des bateaux à voile sans moteur. Et, durant la période de passage des grands bancs de mulets qui va de la fin octobre au début janvier, ils pratiquent encore la technique de pêche traditionnelle très spectaculaire. Une dizaine d’hommes entrent dans l’eau en tenant un long filet qui entoure le banc de mulets et les enferment à l’intérieur comme dans un sac. Les femmes se chargent depuis toujours de la production de poutargue, tishtar (filets de mulet séchés et émiettés) et d’huile de mulet. La pêche traditionnelle sans embarcations et la pêche à l’aide des lanches sont toutefois menacées par la pression des bateaux de pêche industriels qui pénètrent illégalement dans les eaux du Banc d\'Arguin. Les eaux de la Mauritanie comptent encore parmi les zones riches en poisson du monde et les flottes des pays occidentaux se partagent les droits de pêche, embauchent les pêcheurs locaux et le poisson est surgelé et transporté autre part pour y être travaillé en Afrique du Nord et en Europe. Les savoirs traditionnels liés à la transformation des mulets se perdent en faisant disparaître une part importante de l\'identité culturelle des Imraguens. La Sentinelle La survie des Imraguen dépend de la pêche des mulets : ils sont à la base de l\'alimentation des pêcheurs et leurs villages se décalent sur la plage en fonction des déplacements des bancs. La Sentinelle repose sur une coopérative de femmes Imraguens, suivies par l’Ong locale Mauritanie 2000 et vivant à Nouadhibou, la deuxième ville de Mauritanie par ordre d’importance. Les productrices de la Sentinelle achètent les mulets aux pêcheurs et les transforment. Leur travail est actuellement sous-payé - la poutargue est achetée à un prix dérisoire par un intermédiaire et commercialisée à l\'étranger - et leur atelier de production est précaire. Slow Food, avec la collaboration des producteurs de la Sentinelle de la poutargue d’Orbetello (Toscane), essaie d’aider les femmes Imraguens à améliorer qualitativement la production. En 2006, trois femmes ont été reçues à Orbetello pour un cours de formation et quelques pêcheurs se rendront à Nouadhibou pour les aider à équiper un petit atelier. Le but est de trouver des marchés alternatifs et de gérer directement la vente des produits transformés. Aire de production Mauritanie Villages du Banc d’Arguin et de Nouadhibou.